Retour sur l’émission Cash Investigation, Le marketing vert – le grand maquillage

Vendredi 4 Mai, France 2 diffusait le deuxième numéro de Cash Investigation, consacré au greenwashing et aux entreprises faussement vertes.

Ce nouveau magazine présenté par Elise Lucet, fait découvrir au grand public certaines méthodes peu recommandables des grandes multinationales. Pour cette édition consacrée au greenwashing et aux entreprises faussement vertes, les équipes de Cash Investigation ont souvent posé les bonnes questions au bonnes personnes, démontrant pour chacun des sujets abordés que ces sociétés ne sont pas vraiment vertes,  et les interrogés pas tout blancs.

« Elles l’affirment dans leurs publicités et sur leurs emballages. Elles inventent même des labels « verts » pour être plus crédibles. Les grandes marques seraient devenues, selon elles, écologiquement responsables… Pourtant, les activités de certaines entreprises sont souvent bien éloignées de cette nouvelle image verte et vertueuse qu’elles se donnent… Les journalistes de Cash investigation ont enquêté de longs mois sur ce maquillage écologique appelé aussi greenwashing. »

Voir la vidéo en replay

Des marques démaquillées

Premier cas de greenwashing dénoncé, la fameuse bouteille « végétale » de Volvic (Danone). L’OIP avait déjà fait une belle démonstration, on espère cette fois ne pas avoir à la répéter. Vous ne pourrez maintenant plus demander pourquoi la bouteille Volvic a un bouchon vert: 20% d’origine végétale, et pas 100% parce que cela coûterait trop cher, 20% mais en fait plutôt 10% (selon le calcul de la norme internationale ASTM), et  attention « végétale » n’est pas « biodégradable » mais pétrole vert, c’est à dire fabriqué à partir de canne à sucre.

Deuxième cas, le Crédit Agricole et sa publicité absolument insensée (avec Sean Connery se faisant avocat de la banque -lire Du greenwashing pour une fausse green banking), diffusée dans le monde. Une banque qui investit dans les énergies fossiles, notamment dans le charbon et de nombreux autres projets très, très polluants comme  l’ancienne mine d’uranium de Mounana, au Gabon. Le Crédit Agricole a d’ailleurs obtenu le  prix Pinocchio en 2010. Le label ISR est également mis a mal, Novethic s’explique sur son site.

Troisième entreprise pointée du doigt, cette fois dans le secteur de l’énergie, Areva et sa campagne à 12 millions d’euros (lire les articles ici et ) pour faire oublier son coeur de métier.

On y comprend ainsi que le mensonge par omission est la base du marketing vert et que l’auto-déclaration sous forme de label a un impact plus positif sur l’image écologique perçue que la simple utilisation du vert (retrouvez les résultats de l’étude sur le site de l’OIP). On y mentionne le rôle (ou plutôt le non-rôle) de l’ARPP, le Prix Pinocchio des Amis de la Terre et l’OIP (même si l’OIP, selon Fred et Farid, c’est pas grand chose).

Le ­résultat est bon. D’abord, et ça fait plaisir, on nous parle pas avec cette voix niaise qu’on retrouve trop souvent dans les magazines TV. L’enquête est bien construite et convaincante, avec de véritables recherches (investigations) qui viennent étayer les accusations. Les questions sont bonnes et offensives, parfois dérangeantes et déstabilisantes.

Des ONG pas si vertes

Le meilleur exemple sera celui de l’interview avortée de Serge Orru, directeur général du WWF, interrogé pour son partenariat avec le Crédit Agricole (rapportant 400.000 euros par an à l’ONG). Les reporters pointent le doigt sur un paradoxe: selon un rapport d’audit, ce partenariat pourrait entraîner une perte d’image et de crédibilité de l’ONG auprès des donateurs ou encore une remise en question de l’indépendance financière du WWF Français. Mais Serge Orru ne semble pas vouloir donner son avis sur cette bizarrerie. Le WWF aurait même porté plainte devant le juge des référés pour obtenir l’interdiction de la diffusion de l’interview (plainte non aboutie).
Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur les coulisses des ONG environnementales et plus généralement du mouvement écologiste je vous invite vivement à lire Qui a tué l’écologie? de Fabrice Nicolino.

Enfin, le ton un brin amusé, quelquefois naïf puis accusateur donne un effet très réussi. Alors bien sûr le reportage ne parle pas de toutes les conséquences qu’engendrent le comportement de ces entreprises, ni de la problématique d’auto-régulation. Mais c’est encore un signe que le sujet intéresse.

Update 18 Mai:  l’émission est sur Youtube 

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10 Commentaires

  1. [...] témoignage de l’un de mes blogs préférés : Comandgreenwashing suite à la diffusion du reportage Cash Investigation sur France [...]

  2. AuroreVolvic dit :

    Bonjour,

    Volvic est dans une posture fondamentalement sincère avec ses consommateurs et ses 900 collaborateurs agissent en continu en faveur du développement durable et notamment contribuer à la réduction de l’empreinte carbone de la société.

    La bouteille en plastique 20% d’origine végétale participe notamment de cet engagement.
    Scientifiquement démontrée et contrôlée par les autorités françaises compétentes, la valeur de 20% de plastique d’origine végétale est indiscutable.
    Très concrètement, nous avons fait réaliser par un laboratoire indépendant la mesure expérimentale (selon la norme ASTMD6866) du pourcentage de carbone d’origine végétale contenu dans les bouteilles, il est égal à 10%. Sur cette base, le pourcentage de matière d’origine végétale a été calculé afin de prendre en compte l’ensemble de la matière végétale qui constitue la bouteille : nos bouteille contiennent 20% de plastique d’origine végétale. Volvic et Danone Eaux France expriment, comme il est d’usage, le pourcentage en masse qui est l’unité normale d’expression pour de la matière quel qu’elle soit.

    Par ailleurs, s’il existe des matériaux 100% d’origine végétale, ces derniers ne sont aujourd’hui pas adaptés au conditionnement de l’eau minérale naturelle Volvic et à nos exigences de qualité tout au long de la durée de vie de nos bouteilles.

    RDV sur http://www.volvic.fr/la_gamme/les_reponses_a_vos_questions__sur_la_bouteille_20_dorigine_vegetale_volvic_.html pour avoir toutes les réponses à vos questions sur cette bouteille en plastique 20% d’origine végétale.

    Cordialement,
    Aurore pour VOlvic

  3. Céline dit :

    Bonjour Aurore pour Volvic,
    Merci pour vos précisions. Je ne comprends pas bien comment vous avez réussi à rajouter 10%, sûrement parce que je ne suis pas ingénieure mais communicante. Ou alors vous comptez le poids total, c’est à dire le contenant + le contenu (l’eau)…?
    Par contre j’entends tout à fait votre argument sur la problématique qui pourrait se poser avec une bouteille à 100% végétale. Je ne sais pas s’il est « vivable » d’atteindre 50% mais cela semble le minimum pour se proclamer bouteille d’origine végétale.
    Dans tous les cas, ce n’est pas votre produit que je déplore, qui, je ne le nie pas, présente une amélioration en terme de bénéfice environnement, mais c’est le message véhiculé, maladroit et suggestif.

  4. Delfe dit :

    Le problème ne sont pas les intentions, sincères ou non, mais la communication, toujours ambigüe.
    Outre le fait que ces « 20% » reste du pétrole (de canne à sucre, même structure moléculaire que les hydrocarbures si j’ai bien suivi), quand on pose la question des 10% personne n’est en mesure de répondre.
    Une fois la diffusion du reportage, par contre, on obtient ici comme sur tous les blogs où a été abordé le sujet, comme par enchantement, toutes les explications, grâce à Aurore.
    Et c’est là que c’est malheureux. Ce n’est qu’en questionnant et en remettant en cause que l’on obtient les vraies réponses, car elles sont toujours maquillées dans un premier temps.
    Mais passons, ce que je retiens de tout ça, c’est que la bouteille Volvic, aussi verte soit elle, mettra ses 400 ans comme n’importe quelle autre bouteille en plastique pour disparaître, alors que des solutions existent, soi disant trop coûteuses. Même pour Danone ? J’en rigole…

  5. green dit :

    J’aimerai defendre ici le WWF qui est une ONG qui ne mérite pas un tel lynchage, c’est injuste.
    Voici quelques éléments supplémentaires, s’il vous plait, ne basez pas votre opinion sur une ONG qui a 50 ans d’action, qui a plus de 1200 programmes, uniquement sur un partenariat et a travers une seule interview de 6 minutes dans un reportage à vocation « sensationnel »

    On ne résume pas le travail de plusieurs salariés d’une ONG en seulement 6 minutes d’interview, surtout sur un partenariat de deux ans, laissez moi les défendre un peu:

    http://www.wwf.fr/media/documents/rapport-relations-entreprises-2010-2011
    ouvrez ce rapport à la page 28 .

    Comme vous pouvez le voir, le partenariat du WWF avec le Crédit Agricole dépasse largement les impacts papiers et la carte bleu éco-conceptualisée.

    On constate dans ce rapport que Le WWF compte bien convaincre le Crédit Agricole de changer leurs investissements et de créer un ISR (un nouveau, pas novethic ;) ). Et le Crédit Agricole(CA) en est parfaitement conscient en signant ce partenariat, comme le prouve ce rapport.

    Vous constaterez aussi que ce rapport est disponible sur le site du WWF et est tres antérieur à cette interview (rapport de 2010 2011, interview en 2012).
    Il est curieux que élise lucet ne l’ait pas consulté et n’en ait absolument pas fait mention… mais mieux vaut faire dans le sensationnel pour avoir de l’Audimat, surtout avec la crise d’audimat que France 2 traverse….

    Le partenariat avec le CA ne date que de deux ans, c’est normal que les résultats ne soient pas encore là concrètement.

    Par exemple, le partenariat WWF-carrefour a 13 ans, Il est évident qu’il n’a pas les mêmes résultats aujourd’hui que lorsqu’il avait seulement deux ans, une démarche de progrès ne peut être instantanée:
    par exemple, est ce que les plans de transition énergétique de Greenpeace sont du jour au lendemain? non, ils sont sur 50 ans et c’est bien normal.

    Avec ce partenariat, le WWF compte bien convaincre le CA de changer sa politique d’investissements. Il y a bien une trace écrite. C’est juste tres dommage que Serge Orru dis qu’il n’y en a pas. alors que si, la preuve, ce document date de 2010 2011, il y a une trace écrite.

    En lynchant le WWF dans cette interview, on aide en rien cette démarche progrès que le WWF cherche à faire adopter au crédit agricole et qui inclut bien les changements d’investissement. C’est décourageant, et pour l’ensemble du WWF et pour les quelques salariés du CA qui ont sincèrement envie d’améliorer leur entreprise.

    Et si Serge Orru ne dit pas ça dans cette interview, c’est surement parce que France 2 a du faire un montage à sa guise pour défendre leur angle pré-établi : « WWF fait du greenwashing » et pour faire du sensationnel.

    Si vous êtes militant écologiste, si vous voulez une amélioration de la situation, le WWF a le meme but que vous. On a déjà suffisamment d’adversaire « naturels » pour éviter de se ralentir les uns les autres.

  6. Céline dit :

    Merci à M. green de nous apporter son point de vue et de laisser le bénéfice du doute au WWF. Cependant nous sommes dans un environnement complexe, dans lequel les enjeux financiers priment trop souvent, même pour une ONG…

  7. [...] y a quelques temps, je reprenais l’article du blog comandgreenwashing.fr pour vous parler de l’émission Cash Investigation qui parlait entre autres des problèmes [...]

  8. Sabrina_CA dit :

    Bonjour,
    Je m’appelle Sabrina et je travaille au sein de Crédit Agricole S.A.. Je souhaite répondre à votre article et aux réactions de vos lecteurs.
    En juin dernier, le groupe Crédit Agricole a engagé des poursuites judiciaires contre France Télévision à la suite de la diffusion sur France 2 de ce numéro de Cash Investigation consacrée au greenwashing. Une décision a été prise en première instance le 12 juillet dernier, et confirmée en appel le 8 novembre. La Cour d’Appel a notamment ordonné la diffusion d’un droit de réponse. Celui-ci sera diffusé ce soir, sur l’antenne de France 2, aux alentours de 22h30.
    Je reste à l’écoute pour vous apporter plus de précisions et échanger à ce sujet.
    Cordialement,
    Sabrina

  9. Céline dit :

    Bonjour Sabrina,
    Dans quel cadre aura lieu ce droit de réponse? N’hésitez pas à faire passer vos informations via ce blog ou à me contacter: contactATcomandgreenwashing.fr

    • Sabrina_CA dit :

      Bonjour Céline,

      Ce droit de réponse a lieu dans le cadre de l’ordonnance du 12 juillet 2012 (confirmée par la Cour d’appel par arrêt du 8 novembre dernier) qui a ordonné la diffusion sur France 2 de ce droit de réponse.

      Plusieurs points y seront abordés parmi ceux présentés dans la vidéo : ainsi, il est faux que le Crédit Agricole finance Suncor, il est faux que le Crédit Agricole ait participé au financement de Jaitapur en Inde…

      Je reste à votre disposition pour plus de précisions !

      Merci pour votre retour rapide,

      Sabrina

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