L’affichage peut être raisonné et créatif

L’affichage est régulièrement mis à mal, notamment parce qu’il est source de pollution/saturation visuelle (lire Une tentative contre l’envahissement publicitaire). Mais on reproche à la publicité extérieure bien d’autres maux, relatifs aux enjeux sanitaires, éthiques ou encore sociétaux, que le collectif des Déboulonneurs dénonce au nom de la défense de la liberté de non-réception (garantir à chaque citoyen le droit de choisir où et quand il souhaite accéder à de l’information publicitaire).

Quand la loi s’en mêle… ou s’emmêle

La loi Grenelle 2 adoptée en 2010 prévoyait de renforcer les contraintes d’affichage en extérieur et de réduire de 30 % le nombre de publicités, mais un amendement a été voté fin mars dernier pour repousser l’application de ces mesures à 2017.

Heureusement certains essayent de faire avancer les choses, à leur niveau.

A Sao Paulo, le conseil municipal a voté à une quasi-unanimité une loi « Ville propre » bannissant tout affichage publicitaire dans l’espace public. Cinq ans après son entrée en vigueur, un sondage montre que 70 % des résidents de Sao Paulo ont trouvé les effets de cette loi bénéfiques.

En France, sans aller dans ces extrêmes (loin de là!), quelques professionnels du secteurs ne seraient pas contre un envahissement publicitaire plus raisonnable. Dans son « Programme pour renforcer globalement et radicalement les pratiques du secteur de la communication et de la publicité », l’Association pour une communication plus responsable propose un certain nombre de mesures à propos de l’affichage:
- 3.1 Valorisation, par la réduction de leur nombre, des affichages en milieu urbain et dans les transports en commun (pour revenir  au niveau moyen de la plupart des autres pays européens)
- 3.2 Interdiction des affichages défilants ou lumineux non exclusivement alimentés par des opérateurs 100% énergie  renouvelable
- 3.3 Interdiction des panneaux vidéo des couloirs de métro

Du côté des entreprises (annonceurs et agences), on voit aussi naître des initiatives.

Une seconde vie pour les affiches avec l’upcycling*

Les affiches et bâches publicitaires sont parfois détournées pour faire des sacs ou toutes sortes d’accessoires.

Récemment, le groupe Lesieur a annoncé son association avec Bilum (fabricant d’accessoires recyclés, au même titre que Freitag ou encore Reversible) qui a été en charge de recycler ses affiches publicitaires. Sur 12 000 affiches posées (soit 1,32 tonnes de papier), 4 000 ont été confiées à un atelier ESAT  (établissement de service d’aide par le travail des personnes en situation de handicap) pour être transformées en bloc-notes (un millier) ou sacs (une centaine).
Voir la vidéo

Attention! Même s’il s’agit d’une bonne idée sur laquelle on ne crachera pas, le contenu des messages de la campagne publicitaire de Lesieur n’est pas du tout à la hauteur (lire le jugement de l’OIP et l’article sur Sircome dans lequel Mathieu démontre à quel point Lesieur est adepte du greenwashing).

Des supports publicitaires inventés et inventifs

Depuis quelques années on voit, a contrario, des supports publicitaires imaginés à partir de ressources (plus ou moins) naturelles.

Les pochoirs à l’eau commencent à être connus voire répandus (j’en parlai d’ailleurs il y a un moment déjà!), surtout à Paris, et plusieurs sociétés (Clean Tag ou Clean Com) proposent ce service tout simple: marquage du logo ou du message sur le sol grâce à un « nettoyeur à eau ». De nombreuses marques, engagées ou pas dans le développement durable, ont déjà eu recours à ce procédé (Meetic, Renault, Biocoop, Exki, Crédit Agricole…).

L’idée viendrait des Pays-Bas, où l’agence Fresh Green Ads propose des campagnes réalisées avec des ressources  telles que de l’eau, du sable, de la glace, ou même des champs de céréales.

Encore une fois, un petit bémol. Si c’est pour transporter dix tonnes de sable ou d’eau une telle action aura sûrement plus d’impact négatif sur l’environnement qu’une simple campagne d’affichage. Il est indispensable d’utiliser les ressources locales et à portée de main!

La graisse est elle aussi devenue un support de communication…! En Allemagne, 5 affiches représentant des plats de la malbouffe (gâteau à la crème, burger, frites…) ont été réalisées avec de la graisse appliquée à l’aide d’une bombe. Une idée absolument géniale de l’agence de pub de l’assurance maladie Barner Gek pour sensibiliser les citoyens à la graisse contenue dans certains aliments.

Plus original encore, une publicité réalisée entièrement avec des déchets. Barefoot Wine & Bubbly, fabricant de vin californien (engagé en faveur de la conservation des plage depuis plus de 10 ans) et Surfrider Foundation, en collaboration avec l’agence BBDO San Francisco, ont réalisé une affiche publicitaire uniquement avec des déchets (la bagatelle de 17 500 détritus) récupérés sur les plages pour annoncer la sortie de “One Beach”, un film documentaire sur des solutions innovantes et créatives pour rendre les plages propres et durables.

 

Qui a dit que la communication responsable nuisait à l’inventivité, la créativité?!

*upcycling: transformer les déchets en objets design, ou au moins de meilleure qualité que les produits originaux

 

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6 Commentaires

  1. [...] L’affichage est régulièrement mis à mal, notamment parce qu’il est source de pollution/saturation visuelle. Qui a dit que la communication responsable nuisait à l'inventivité, la créativité?!  [...]

  2. [...] Toujours dans l’affichage, quelques exemples de campagnes responsables et réussies. Si, si, c’est [...]

  3. Mathieu dit :

    Bonjour Céline,
    merci pour cet effort de pointer de doigt des « bonnes » campagnes. C’est tellement plus facile de toujours critiquer.
    Et merci pour la citation :-)
    Mathieu

  4. Céline dit :

    C’est exactement ça, et même avec des bonnes initiatives il y a toujours à redire. Il n’y a rien de plus difficile que ne pas critiquer! :)

  5. Amélie dit :

    Bonjour,
    Et pendant ce temps des milliers de « voiles publicitaires » envahissent les trottoirs,les parkgins de restau, de concessionnaires automobiles(même dans des parcs naturels).
    Savez-vous s’il existe une règlementation à ce sujet?
    Cordialement
    Amélie

  6. Céline dit :

    Bonjour Amélie,
    Ces voiles publicitaires dont vous parlez sont les « drapeaux » avec pieds aussi appelés beach flag?
    Il est certain que ces outils nous envahissent également de plus en plus. Non seulement c’est très laid mais en plus ils dérangent les piétons et peuvent être dangereux en cas de grand vent.
    Je ne connais pas leur réglementation, je suis preneuse pour un petit topo ou un lien!

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