15 jours pour manger, boire, penser équitable

La Quinzaine du commerce équitable, proposée par les membres de la Plate-Forme pour le Commerce Equitable, a démarré hier (du samedi 8 au dimanche 23 mai 2010). C’est l’occasion de manger équitable: brunchs, petits-déjeuners, repas et cocktails équitables sont organisés un peu partout en France. Mais s’initier au commerce équitable c’est aussi comprendre quoi, qui, comment pourquoi… Pour ça, vous trouverez pendant ces 15 jours des expos photos, conférences et débats, cafés-citoyen, concerts, projections de films…

Pourquoi du commerce équitable?
Les prix des produits exportés sur les marchés sont très souvent dictés par les multinationales de l’agroalimentaire qui achètent en grande quantité, et les petits producteurs n’ont pas la possibilité de couvrir leurs coûts de production . Un exemple: de 2000 à 2005, le café se négociait à 0,45 dollar (0,35 euro) la livre alors que les coûts de production étaient de 0,80 dollar (0,63 euro) environ. Résultat: seules les grosses exploitations résistent, au détriment des populations locales.
C’est pour minimiser les marges prises  par les intermédiaires que l’idée du commerce équitable est née, en rapprochant consommateur final et producteur. Le principe «Trade, not aid» résume bien la philosophie du commerce équitable.
Qui et comment?
Concrètement les petits paysans des pays du Sud se regroupent en coopérative qui reçoit la prime au développement versée par les acheteurs et qui doit servir à mettre en place des projets sociaux (construction d’écoles, de centres de soins,…) ou écologiques (reforestation, culture d’espèces menacées,…). Le respect des règles de l’OIT (interdiction du travail des enfants et du travail forcé) sont également un impératif pour les coopératives. De l’autre côté, les acheteurs s’engagent à payer aux agriculteurs un prix minimum supérieur au cours mondial et qui doit couvrir les coûts de production mais aussi les besoins de santé, éducation, logement,…des producteurs et de leur famille.
Et le label dans tout ça?
Il n’existe aucun label officiel (provenant d’un organisme indépendant ET agréé par les pouvoirs publics) concernant le commerce équitable. Néanmoins, des institutions et des labels privés ont édicté des cahiers des charges afin de certifier les produits qui permettent de vérifier que les produits s’inscrivent réellement dans une démarche équitable comme l’association Max Havelaar, qui regroupe désormais 19 organisations dans le monde. Son rôle est de mettre en relation des producteurs avec les industriels, et les produits labellisés Max Havelaar sont alors certifiés par FLO-Cert, un organisme soit disant indépendant (cet organisme est issu de Max Havelaar, cherchez l’erreur…).
De plus, l’Afnor s’est penchée, en 2001, sur la mise en œuvre d’une norme spécifique au commerce équitable. Il en résulte un accord sur les « critères applicables à la démarche de commerce équitable ».

Pour quels résultats?

Au Nord, le commerce équitable a connu un énorme essor de notoriété (elle est passée de 9% en 2000 à 87% en 2008, jusqu’à atteindre 95% en 2009) et les ventes au détail ont considérablement augmenté ces dernières années (chiffre d’affaires de plus de 300 millions en 2008), mais le commerce équitable ne représente encore que 0,01% du commerce mondial. Le prix est souvent le principal obstacle à l’achat pour les consommateurs, suivi par un manque d’information et de confiance.
Par contre, même si on sait que plus d’1,5 million de producteurs et travailleurs bénéficient du commerce équitable et que des exemples concrets d’amélioration des conditions de vie sont communiquées par les entreprises revendeuses… sur les emballages des produits, connaître l’impact global du commerce équitable pour les producteurs n’est pas facile.
La réalité est que le plus souvent les coopératives ne vendent qu’une partie de leur production dans le circuit équitable, les volumes demandés ne suffisant pas à écouler toute leur récolte. Cependant, le commerce équitable leur assure une sécurité pour la pérennité des commandes, une aide technique (amélioration des semences, diversification de la production, passage à l’agriculture bio, transformation des produits sur place pour rapatrier la valeur ajoutée,…) et une amélioration des conditions de travail.
Enfin, le commerce équitable est aujourd’hui victime de son succès : les grandes marques et la grande distribution se sont engouffrées dans cette niche de marché, emmenant avec elles leurs habitudes de négociation… Le gros du problème est que les quantités négociées obligent à faire appel à de grandes plantations et font perdre au commerce équitable son essence, qui consistait à aider les plus petits paysans.
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